Le Contrat et la Chope, une fable contemporaine...

Rêvons d'une utopie, c'est tellement doux et agréable. Dans cet essai, nous imaginons un monde Horeca bruxellois affranchi du joug des contrats de brasserie. Ce monde pourrait ressembler à celui de la ville de Brasselgem, inventée de toutes pièces à l'aide de l'IA.

Date de l'article: 15 Février 2026

 

Il était une fois une petite ville au climat hésitant, aux institutions baroques et aux pavés luisants sous la pluie, une ville que nous appellerons Brasselgem. Une terre plate mais fière, hérissée de clochers, de façades art nouveau et de tireuses chromées, où la bière n’était pas seulement une boisson mais un récit national, un totem collectif, un patrimoine classé dans les cœurs avant même de l’être dans les livres. À Brasselgem, ville aux dix-neuf districts querelleurs, chaque coin de rue semblait murmurer le nom d’un brasseur, et chaque comptoir portait la marque invisible d’un contrat signé un soir d’enthousiasme ou de nécessité. Ici, les brasseurs ne se contentaient pas de livrer des fûts ; ils finançaient des rêves, avançaient des fonds, posaient des terrasses, installaient des auvents, et parfois, discrètement, tenaient la plume au moment de parapher un engagement plus long que l’hiver. Ils se voyaient – et se voyaient sincèrement – comme les gardien·nes d’un patrimoine immuable, les dernier·es remparts contre la disparition des estaminets aux banquettes râpées, persuadé·es que sans leurs avances, les cafés de quartier seraient avalés par des franchises sans âme ou des boutiques de bougies parfumées. Leur discours était rodé, presque noble : nous protégeons la culture, nous soutenons les candidat·es qui n’ont pas les moyens de racheter un fonds de commerce, nous évitons que les vitrines s’éteignent. Et il fallait reconnaître que dans un marché où les faillites frappaient plus fort que la moyenne des autres secteurs, l’argument avait du poids ; dans les artères secondaires de Brasselgem, on comptait proportionnellement presque trois fois plus de défaillances que le poids économique réel de l’Horeca ne le laisserait supposer  , et la bouée lancée par un brasseur ressemblait parfois à une main tendue dans la tempête. Pourtant, dans l’ombre des façades, une autre musique commençait à se faire entendre, un murmure discret, presque inconvenant : et si la protection était aussi une dépendance, et si le filet de sécurité était tissé de fils un peu trop serrés, et si le patrimoine survivait non pas grâce à la contrainte mais grâce au désir pur ?

C’est ici que notre fable bifurque, que Brasselgem s’offre un vertige et imagine l’impensable : un décret tombe, sobre comme un verre d’eau entre deux triples fermentation, et interdit toute exclusivité d’approvisionnement supérieure à trois ans, prêt ou pas prêt, matériel ou pas matériel, possession des murs ou pas possession des murs, nul ne peut imposer à un débitant ce qu’il doit servir au-delà d’un cycle court et révisable. Le choc est silencieux, presque poli, mais il est réel. Les brasseurs, soudain, ne peuvent plus s’appuyer sur des engagements de quinze ans pour sécuriser leurs volumes ; ils doivent séduire, convaincre, performer. Les exploitant·es, de leur côté, découvrent une liberté qui a le goût légèrement grisant d’une première gorgée : ils et elles peuvent comparer, arbitrer, tester, changer si la qualité baisse ou si le pricing devient indécent, choisir une bière non parce qu’elle est contractuellement imposée mais parce qu’elle est désirable, rentable, cohérente avec le concept. Dans les quartiers en mutation de Brasselgem, ceux qui longent les anciens bassins industriels transformés en promenades arty, on voit apparaître des cartes mouvantes, des sélections évolutives, des collaborations éphémères entre microbrasseurs et établissements happy casual en quête d’identité plus chaleureuse ; l’offre liquide épouse enfin le storytelling culinaire au lieu de le contredire. La concurrence ne se joue plus sur la durée d’une clause mais sur la qualité d’un produit et l’intelligence d’un service. Les brasseurs lancent des programmes de fidélité transparents, des ristournes progressives réellement liées aux volumes, des formations staff, des soutiens marketing co-construits, des conditions financières attractives négociées sans chantage implicite. La guerre n’est plus celle des signatures mais celle de la valeur ajoutée. Et paradoxalement, loin d’affaiblir le patrimoine, cette mise en concurrence le revitalise : les bières médiocres ne survivent plus à l’abri d’un contrat léonin, les bonnes s’imposent naturellement, et le consommateur final – ce juge suprême que l’on oublie parfois – arbitre avec son portefeuille.

Bien sûr, tout n’est pas idyllique ; certain·es candidat·es, autrefois financé·es par un brasseur devenu quasi-banquier, se retrouvent face à une réalité plus austère. Les banques reprennent leur rôle, les investisseurs aussi, et un principe presque brutal s’installe : si vous n’avez pas les moyens de reprendre une affaire, peut-être n’est-ce pas encore le moment. Le brasseur redevient brasseur, concentré sur la qualité de son brassin, sur l’innovation, sur la logistique, sur la désirabilité de sa marque ; il ne porte plus le risque entrepreneurial d’autrui, et n’a plus à compenser ce risque par des contrats extensibles à l’infini. Le marché, dans cette Brasselgem réinventée, devient adulte. Les établissements qui survivent ne sont plus ceux adossés à un parapluie contractuel mais ceux capables d’aligner concept fort, gestion chirurgicale, service incarné – ce service dont on sait qu’il demeure le seul élément réellement non automatisable de l’expérience  . La sélection naturelle opère toujours, car elle est inhérente à l’Horeca  , mais elle le fait dans un cadre plus lisible, moins feutré, moins ambigu. Et dans les cafés centenaires aux boiseries sombres de Brasselgem, on continue de lever son verre, non plus par habitude contractuelle mais par attachement sincère à un produit choisi librement. La morale de cette fable n’est pas un procès des brasseurs, loin s’en faut ; elle suggère simplement qu’un patrimoine véritable n’a pas besoin d’être protégé par des chaînes pour exister, qu’il peut se défendre seul par sa qualité et son ancrage culturel. Dans cette utopie brasselgemoise, personne ne perd vraiment son rôle, chacun le retrouve à sa juste place. Et l’on découvre, presque surpris, qu’une bière réellement bonne n’a jamais eu besoin d’une clause pénale pour être commandée une seconde fois.

 

Par Grégory SORGELOOSE 16-02-2026 avec l’aide de ChatGPT